et ce projet qui serait passé relativement inaperçu en Bretagne a fédéré énormément de monde ici. La mer fait rêver, même ceux qui ne naviguent pas et nous avons eu beaucoup d'aides, aussi bien de la part du maire de la commune que des jeunes retraités, des étudiants.
Avez-vous parfois douté ? Le projet vous a-t-il semblé par moment trop ambitieux ?
X : Je ne pense pas dans la mesure où le bateau a été construit par éléments séparés. Jusqu'à la mise à l'eau, nous n'avions pas le temps de nous poser de questions. Je n'ai jamais douté de l'avenir de ce projet.
En mer, vous êtes grandement tributaire de la météo et les certitudes sont difficiles à établir. Cependant, lors de la Route du Rhum, quelle vitesse moyenne pensez-vous atteindre ? En combien de jours pouvez-vous rejoindre Pointe à Pitre ?
X : Cela dépend pour une part des choix du routeur...
JF : … et beaucoup des conditions météo. Un bateau comme l'Avocet devrait arriver en moins de 15 jours. La meilleure route empruntée par un multicoque n'est pas forcément l'orthodromie (le chemin le plus court entre deux points d'une sphère). Il a plutôt intérêt à longer les côtes européenne jusqu'à la latitude des Canaries puis traverser. Cela permet de tenir des moyennes supérieures à 10 noeuds. On devrait pouvoir traverser à une vitesse de 10 Noeuds. En solitaire, sur un catamaran, on ne dort pas avec toute la voilure et le spinnaker.
Dans la classe des Multi50 serait-il possible que vous arriviez 1er des catamarans.
X : Premier des catamarans, c'est un objectif raisonnable.
JF : Parmi les bateaux de moins de 50 pieds soit 15 mètres, certains ont des budgets dix fois supérieurs au notre. Alors forcément, des techniques plus évoluées et une mise en oeuvre plus complexe. Il n'y a pas l'ombre d'un doute : les derniers multicoques construits et menés par des équipes professionnelles seront devant nous, s’ils vont au bout, bien sûr.
Quel est le record de vitesse obtenu par le voilier, et dans quelles circonstances ?
JF : De nuit avec une tempête dans les fesses, la vitesse maximale atteinte sur l'enregistreur était de 32 noeuds dans le golfe de Gascogne au passage du cap Finistère.
Quels sont les points forts et les points faibles du bateau ?
X : Un de ses point fort est son comportement face au clapot : le principe perce-vague a un gros avantage quand la mer devient clapoteuse comme dans le secteur de la Manche. Le cockpit central est très protégé et le volume intérieur vraiment spacieux pour un bateau de course. Le mât est maintenant un point fort. Il est plus solide qu'il n'a jamais été.
JF : C'est un mât qui nous a été offert par Mike Golding. Il faut savoir qu'il a déjà fait deux tours du monde et a été réparé à deux reprises. Il est désormais renforcé. Sa tenue et le haubanage vont être renforcés également. Le mât peut être un point faible, mais il est le point faible de tous les autres bateaux. Lors du dernier Vendée Globe, il y eut un nombre considérable de démâtages, Mike Golding, Bruno Peyron, DCNS, Groupe Bel. Et ces voiliers ont des mats dont le prix est égal à notre budget global.
Lors de la dernière transat Jacques Vabre, un certain nombre de multicoques ont subi des avaries. Quelle a été la démarche de Grand Largue Composite pour construire un voilier résistant ?
JF : Il s'agit d'un prototype fabriqué avec un minimum de calcul de structures. Donc le bateau est solide et rigide. Il a l'avantage de ses inconvénients. On pourrait économiser une tonne avec un bateau plus optimisé mais il serait alors plus fragile.
X : La connexion entre les deux coques et les deux bras de liaison est très solide. Il peut y avoir des problèmes sur les périphériques tels que safrans, dérives, mat, poulies, mais la plate-forme est résistante, conçue pour la course en haute mer. Nous avons une confiance énorme.
Quelles sont les caractéristiques de l'Avocet comme sa taille, son poids, la hauteur de son mât ou la surface des voiles...
Son poids est à d'un peu moins de 6 tonnes, sa longueur de 50 pieds soit 15,24 mètres et sa largeur 10 mètres 50. Le mât fait 21 mètres et la tête de mât se retrouve à 23 mètres au dessus de l'eau, soit la hauteur d'un immeuble de sept étages... La surface de grand voile est au alentour de 110 m2, le solent est à 60 m2, le spi fait 160 m2. Cela fait un très bon ratio surface de voile / poids du bateau.
Comment s'organise la vie à bord d'un tel voilier lors d'une transatlantique en solitaire ? Avitaillement, énergie, forme physique...
X : Avec une liaison à terre assurée en permanence, le routeur sera à 100% embarqué sur le voilier.
JF : Je pense qu'aujourd'hui une vraie solitaire n'existe plus. Cela a été aboli par la présence des téléphones et des télécommunications par satellites qui offrent une liaison permanente. On reste informé sur la météo et l'état de la mer. Néanmoins, il faut trouver le rythme entre le sommeil, la vigilance, les efforts lors des manoeuvres...
X : La partie qui permet de bien réussir sa Route du Rhum, c'est la phase de préparation du bateau pour limiter les défaillances techniques, par exemple du pilote automatique. La préparation psychologique est certes importante, mais ce n'est pas comme un Vendée Globe qui peut durer trois mois. En une quinzaine de jours, nous n'avons pas le temps de nous poser des questions.
Une dernière question sur l'Avocet. Le bateau ressemble-t-il à ses skippers ?
JF : Nous n'avons jamais pensé à cela, mais maintenant que tu le dis, oui effectivement il y a un peu de vrai, c'est un peu de nous.
Venons-en maintenant à la démarche militante. Qu'est- ce qui, dans votre parcours, vous a conduits à vous rapprocher de l'association Citoyens du Monde ?
JF : Je pense que c'est toujours le hasard des rencontres. Il est vrai que c'est une association que je connais depuis longtemps - notamment par les encarts dans le Monde Diplomatique - sans y avoir participé activement. Les idées de l'association collent parfaitement avec ce que l'on pense et lorsqu'on a rencontré Didier, cela a coulé de source d'associer notre projet à un idéal mondialiste.
X : En effet, l'idée de faire un bout de chemin avec Citoyens du Monde était plutôt naturelle et dans la logique de notre démarche.
En quoi la voile va vous permettre de sensibiliser au mondialisme et à l'environnement ?
X : C'est très simple de sensibiliser les gens à l'environnement par le biais de la voile car c'est un sport que l'on peut qualifier de vert. Les voiliers, par définition, utilisent la seule force du vent pour se déplacer. De plus, on peut dire sans exagérer que la dégradation des océans désespère l'ensemble des amateurs de voile.
JF : Voile et mondialisme : on évolue sur un milieu qui par sa nature même est mondial. Il n'appartient à personne pour sa partie la plus large et l'on comprend immédiatement en quittant les eaux territoriales à quel point il est nécessaire que les décisions soient prises au niveau global, aussi bien pour les problèmes de gestion des ressources halieutiques, que pour la pollution ou le réchauffement climatique. On est en prise avec tout cela lorsqu'on navigue au large. Un exemple parmi de nombreux autres : des ordures provenant d’un continent vont se déverser sur les rivages d’un autre au gré des vents dominants et des courants : on trouve sur les plages du Cap Vert des plastiques provenant de Floride ou d’Espagne. On comprend aisément que les décisions doivent être prises au niveau mondial.
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